Via Lazaro — Éditeurs

Alias

La matière en mouvement

L’intelligence de la légèreté

L’histoire de l’industrie est souvent racontée comme une histoire d’accumulation : davantage de puissance, davantage de matière, davantage de possibilités. Mais la technique permet aussi le mouvement inverse. Retirer. Affiner. Alléger. Jusqu’à découvrir la quantité minimale de matière nécessaire pour qu’un objet existe encore.

Lorsque Alias naît en Italie à la fin des années 1970, le design a déjà profondément exploré les possibilités offertes par l’industrie. Les plastiques ont libéré les formes, les mousses ont transformé les assises, de nouveaux procédés permettent de mouler, courber ou assembler avec une liberté inconnue quelques décennies auparavant. Alias choisit pourtant un autre chemin.

Plutôt que de demander à la matière jusqu’où elle peut se transformer, la maison semble lui poser une question plus silencieuse : jusqu’où peut-elle se faire oublier ? Cette interrogation trouve très tôt une réponse avec Giandomenico Belotti. En 1979, l’architecte et designer imagine la Spaghetti Chair, une chaise dont le principe paraît presque élémentaire : une structure métallique extrêmement lisible sur laquelle viennent se tendre de fins fils de PVC constituant l’assise et le dossier.

Rien n’est dissimulé. La structure porte. Les fils accueillent le corps. Chaque élément semble faire exactement ce pour quoi il est nécessaire. La chaise ne cherche pourtant pas à paraître austère. La répétition des fils lui donne une présence graphique presque vibrante. La lumière la traverse. Le vide devient aussi important que la matière elle-même.

C’est là que la légèreté cesse d’être simplement une question de poids. Elle devient une manière de concevoir. Car alléger un objet ne consiste pas nécessairement à le rendre fragile ou à réduire arbitrairement la quantité de matière employée. Il faut comprendre précisément où la matière travaille, où elle résiste, où elle peut disparaître et où elle demeure indispensable.

Cette recherche rapproche naturellement le design de l’ingénierie et de l’architecture. Alias développera précisément son identité dans ce territoire intermédiaire. Aluminium, acier, maille, matériaux composites, éléments tendus : la maison explore des techniques qui permettent aux structures de devenir plus fines, plus mobiles, parfois presque immatérielles.

La rencontre avec Mario Botta est particulièrement révélatrice de cette culture. Chez l’architecte suisse, le mobilier conserve quelque chose de la construction architecturale. Les forces sont perceptibles, les articulations lisibles, les éléments semblent organisés selon une logique structurelle plutôt que dissimulés derrière une enveloppe décorative. La chaise devient presque une petite architecture.

Mais c’est peut-être avec Alberto Meda que la philosophie d’Alias trouve l’une de ses expressions les plus intéressantes. Ingénieur de formation avant de devenir designer, Meda appartient à ces créateurs pour lesquels la technique n’intervient jamais après le dessin. Elle participe à sa naissance. La résistance d’un matériau, la géométrie d’une structure, le comportement d’une articulation ou la possibilité d’alléger une pièce deviennent des éléments du projet au même titre que la silhouette de l’objet.

Cette manière de travailler produit une esthétique particulière. Non pas parce qu’Alias chercherait systématiquement à fabriquer des objets minimalistes, mais parce que la résolution technique finit par devenir visible. Lorsqu’une structure est suffisamment intelligente pour employer moins de matière, elle devient plus fine. Lorsqu’un matériau possède de meilleures performances, certaines épaisseurs peuvent disparaître. Lorsqu’un assemblage est précisément pensé, il n’a plus nécessairement besoin d’être caché. La beauté apparaît alors presque comme la conséquence d’un problème correctement résolu.

Au fil du temps, des designers et architectes tels que Jasper Morrison, Alfredo Häberli, Michele De Lucchi, Eugeni Quitllet ou Sou Fujimoto prolongent cette culture à travers des écritures très différentes. Certains recherchent l’évidence. D’autres explorent davantage la structure, la flexibilité ou la relation entre intérieur et extérieur. Mais une même question semble traverser une grande partie de cette histoire : de quoi un objet a-t-il réellement besoin ?

Cette question paraît simple. Elle est pourtant profondément industrielle. Produire léger demande souvent davantage de précision que produire massif. Retirer de la matière suppose de connaître précisément les contraintes qu’elle doit supporter. Une pièce plus fine tolère moins l’approximation. Une structure réduite à l’essentiel révèle immédiatement ses faiblesses. La légèreté n’est donc pas l’absence de technique. Elle peut en être l’une des expressions les plus exigeantes.

Et c’est ici qu’Alias apporte une nuance importante à l’histoire racontée par La matière en mouvement. Chez B&B Italia, l’innovation industrielle permet à la matière de prendre davantage de volume. Chez Kartell, elle lui permet d’acquérir de nouvelles formes et une nouvelle identité culturelle. Chez Zanotta, la matière peut aller jusqu’à remettre en cause la forme prédéterminée de l’objet. Alias explore presque le mouvement contraire : que se passe-t-il lorsque l’innovation permet non plus d’ajouter des possibilités, mais de retirer ce qui n’est plus nécessaire ?

Cette question résonne particulièrement aujourd’hui. Mais là encore, il serait facile de lui attribuer rétrospectivement une intention qu’elle n’avait pas forcément. La recherche de légèreté chez les designers et ingénieurs de cette époque répond d’abord à des préoccupations de performance, de mobilité, d’économie constructive, d’industrialisation et d’expression formelle. Ce n’est pas parce que nous pouvons aujourd’hui reconnaître certaines vertus à l’économie de matière que celle-ci fut nécessairement pensée comme un projet environnemental.

Elle raconte d’abord une autre confiance dans la technique : la conviction que mieux comprendre la matière permet d’en demander moins. C’est peut-être là que réside la singularité d’Alias. La maison n’a pas cherché à faire disparaître la matière. Elle a cherché à comprendre jusqu’où elle pouvait disparaître sans que l’objet cesse de tenir, de servir et d’exister.

Et dans cet équilibre fragile entre présence et effacement apparaît une forme particulière d’élégance : celle qui ne vient pas de ce que l’on ajoute, mais de tout ce que l’intelligence a permis de retirer.

Éditeurs associés

Recherche personnalisée

Vous recherchez une pièce particulière ?

Notre équipe peut toutefois vous accompagner dans sa recherche auprès de son réseau de showrooms partenaires.

Autres pièces disponibles

VIA LAZARO

Votre sélection

Votre sélection est vide.

×





Soyez alerté des nouvelles pièces
Sélectionnez vos préférences et recevez une alerte à chaque nouvelle entrée.
INSCRIVEZ-VOUS MAINTENANT

Si vous avez un boutique, postulez pour devenir partenaire

ou via

En me connectant avec mon compte social, j’accepte de lier mon compte conformément à la politique de confidentialité.

Clients enregistrés

Connectez-vous à votre espace pour accéder à vos informations et retrouver vos activités en cours.

ou via
En me connectant avec mon compte social, j’accepte de lier mon compte conformément à la politique de confidentialité.
Via Lazaro — Recherche

Appuyez sur Entrée pour explorer · Échap pour fermer

Via Lazaro

Lancer une recherche

Décrivez la pièce que vous recherchez. Nous consulterons notre réseau de showrooms partenaires pour tenter de la trouver.

Via Lazaro — Éditorial

Designers
Une bibliothèque plutôt qu’un répertoire. Découvrez les designers qui ont marqué l’histoire du mobilier design, des grands maîtres du XXᵉ siècle aux créateurs contemporains, réunis par courants, époques et maisons d’édition.

Sécession viennoise

Vienne, tournant du siècle : une révolte esthétique contre l’académisme, au croisement des arts décoratifs et de l’architecture.

O

Q

X

Accès réservé
Collection Confidentielle
Accès privé
Code communiqué dans le cadre d'une recommandation privée.
Accès professionnel
Pas encore membre du Carré Via Lazaro ?
Aidez-nous à définir votre expérience