Via Lazaro — Éditeurs

Flexform

L’élégance de la retenue

Certaines maisons construisent leur identité autour d’une forme spectaculaire, d’une innovation technique ou d’un objet devenu manifeste. Flexform semble avoir choisi une voie presque inverse : faire de la mesure, du confort et de la discrétion les signes d’une sophistication qui n’éprouve jamais le besoin de se montrer.

L’histoire de Flexform s’enracine dans la Brianza, au nord de Milan, territoire essentiel de la culture italienne du meuble. Issue d’un atelier familial, la maison prend véritablement son essor dans la seconde moitié du XXᵉ siècle, lorsque la famille Galimberti transforme cette connaissance artisanale du mobilier rembourré en une entreprise capable de dialoguer avec l’architecture et le design contemporains. Comme beaucoup de grandes maisons italiennes, Flexform se construit ainsi à l’endroit précis où la culture de l’atelier rencontre progressivement celle de l’industrie.

Une relation va profondément marquer cette évolution : celle engagée avec Antonio Citterio dans les années 1970. Pendant plusieurs décennies, l’architecte et designer contribue à construire un langage dont la force réside précisément dans son refus de l’effet. Les proportions sont maîtrisées, les structures souvent allégées, les assises généreuses sans devenir pesantes, les matières choisies pour leur capacité à produire une atmosphère autant que pour leur qualité intrinsèque.

Le canapé devient naturellement l’un des territoires privilégiés de cette recherche. Chez Flexform, il n’est plus seulement un objet disposé dans le salon : il participe à l’organisation même de l’espace domestique. Les systèmes modulaires permettent aux compositions de s’étendre, de se fragmenter, d’accompagner différentes architectures et différentes manières d’habiter. Avec des créations comme Groundpiece, Citterio pousse particulièrement loin cette idée : assises, éléments de rangement et surfaces d’appui peuvent appartenir à un même paysage domestique.

Cette approche dit beaucoup de la maison. Flexform ne cherche pas tant à dessiner un objet remarquable qu’à rendre remarquable la manière dont plusieurs objets vivent ensemble. Un fauteuil, une table basse, un canapé ou un élément de rangement ne demandent pas nécessairement à devenir le centre de l’attention. Ils construisent plutôt une continuité faite de proportions, de matières, de confort et d’espace.

Le luxe prend alors une forme particulière. Il ne repose ni sur l’ostentation ni sur la multiplication des signes de richesse. Il se découvre dans la profondeur d’une assise, la précision d’une couture, la rencontre du métal, du bois, du cuir ou du textile, la qualité d’un rembourrage et surtout dans cette sensation difficile à isoler : celle d’un intérieur où rien ne semble avoir besoin de forcer sa présence pour trouver sa place.

C’est probablement ce qui explique la remarquable continuité esthétique de Flexform. Les intérieurs évoluent, les usages changent et les collections se renouvellent, mais la maison semble revenir constamment à quelques questions essentielles : comment accueillir le corps ? Comment permettre au mobilier d’organiser l’espace sans l’encombrer ? Comment produire du confort sans lourdeur et de l’élégance sans démonstration ?

Cette retenue pourrait facilement être confondue avec de la simplicité. Elle en est presque le contraire. Faire peu demande parfois de maîtriser énormément. Lorsqu’un meuble renonce à l’ornement, à la couleur spectaculaire ou à la forme manifeste, les proportions, les détails et les matières deviennent d’autant plus visibles. Rien ne peut véritablement se cacher.

Flexform appartient ainsi à une certaine idée de l’élégance italienne contemporaine : une élégance qui préfère la durée à l’effet, l’atmosphère à l’objet spectaculaire et le confort vécu à sa représentation.

Chez Flexform, le mobilier ne cherche peut-être pas à être la première chose que l’on remarque en entrant dans une pièce. Il cherche à devenir l’une des raisons pour lesquelles on a envie d’y rester.

Et cette dernière phrase, je la garderais absolument. Elle résume à mon sens tout Flexform et explique en même temps pourquoi je ne ressens pas la nécessité de la faire entrer de force dans Habiter le moderne. Elle possède une identité très forte ; elle n’a simplement pas besoin de devenir un chapitre de notre démonstration pour exister pleinement dans la bibliothèque Via Lazaro.

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Certaines maisons construisent leur identité autour d’une forme spectaculaire, d’une innovation technique ou d’un objet devenu manifeste. Flexform semble avoir choisi une voie presque inverse : faire de la mesure, du confort et de la discrétion les signes d’une sophistication qui n’éprouve jamais le besoin de se montrer.

L’histoire de Flexform s’enracine dans la Brianza, au nord de Milan, territoire essentiel de la culture italienne du meuble. Issue d’un atelier familial, la maison prend véritablement son essor dans la seconde moitié du XXᵉ siècle, lorsque la famille Galimberti transforme cette connaissance artisanale du mobilier rembourré en une entreprise capable de dialoguer avec l’architecture et le design contemporains. Comme beaucoup de grandes maisons italiennes, Flexform se construit ainsi à l’endroit précis où la culture de l’atelier rencontre progressivement celle de l’industrie.

Une relation va profondément marquer cette évolution : celle engagée avec Antonio Citterio dans les années 1970. Pendant plusieurs décennies, l’architecte et designer contribue à construire un langage dont la force réside précisément dans son refus de l’effet. Les proportions sont maîtrisées, les structures souvent allégées, les assises généreuses sans devenir pesantes, les matières choisies pour leur capacité à produire une atmosphère autant que pour leur qualité intrinsèque.

Le canapé devient naturellement l’un des territoires privilégiés de cette recherche. Chez Flexform, il n’est plus seulement un objet disposé dans le salon : il participe à l’organisation même de l’espace domestique. Les systèmes modulaires permettent aux compositions de s’étendre, de se fragmenter, d’accompagner différentes architectures et différentes manières d’habiter. Avec des créations comme Groundpiece, Citterio pousse particulièrement loin cette idée : assises, éléments de rangement et surfaces d’appui peuvent appartenir à un même paysage domestique.

Cette approche dit beaucoup de la maison. Flexform ne cherche pas tant à dessiner un objet remarquable qu’à rendre remarquable la manière dont plusieurs objets vivent ensemble. Un fauteuil, une table basse, un canapé ou un élément de rangement ne demandent pas nécessairement à devenir le centre de l’attention. Ils construisent plutôt une continuité faite de proportions, de matières, de confort et d’espace.

Le luxe prend alors une forme particulière. Il ne repose ni sur l’ostentation ni sur la multiplication des signes de richesse. Il se découvre dans la profondeur d’une assise, la précision d’une couture, la rencontre du métal, du bois, du cuir ou du textile, la qualité d’un rembourrage et surtout dans cette sensation difficile à isoler : celle d’un intérieur où rien ne semble avoir besoin de forcer sa présence pour trouver sa place.

C’est probablement ce qui explique la remarquable continuité esthétique de Flexform. Les intérieurs évoluent, les usages changent et les collections se renouvellent, mais la maison semble revenir constamment à quelques questions essentielles : comment accueillir le corps ? Comment permettre au mobilier d’organiser l’espace sans l’encombrer ? Comment produire du confort sans lourdeur et de l’élégance sans démonstration ?

Cette retenue pourrait facilement être confondue avec de la simplicité. Elle en est presque le contraire. Faire peu demande parfois de maîtriser énormément. Lorsqu’un meuble renonce à l’ornement, à la couleur spectaculaire ou à la forme manifeste, les proportions, les détails et les matières deviennent d’autant plus visibles. Rien ne peut véritablement se cacher.

Flexform appartient ainsi à une certaine idée de l’élégance italienne contemporaine : une élégance qui préfère la durée à l’effet, l’atmosphère à l’objet spectaculaire et le confort vécu à sa représentation.

Chez Flexform, le mobilier ne cherche peut-être pas à être la première chose que l’on remarque en entrant dans une pièce. Il cherche à devenir l’une des raisons pour lesquelles on a envie d’y rester.

Et cette dernière phrase, je la garderais absolument. Elle résume à mon sens tout Flexform et explique en même temps pourquoi je ne ressens pas la nécessité de la faire entrer de force dans Habiter le moderne. Elle possède une identité très forte ; elle n’a simplement pas besoin de devenir un chapitre de notre démonstration pour exister pleinement dans la bibliothèque Via Lazaro.

Via Lazaro — Designers

Antonio Citterio
Architecte & Designer · Italie · 1950–

Antonio Citterio est l’une des figures les plus discrètes et les plus influentes du design contemporain. Depuis son atelier milanais, il développe depuis cinq décennies un vocabulaire fondé sur la précision technique, la sobriété des formes et une intelligence profonde du confort. Son travail pour B&B Italia, Vitra et Maxalto a produit des pièces qui définissent la modernité italienne sans jamais la revendiquer.

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